avant l'arrivée de...

Nechroz et moi avons été seuls quelques temps. N'ayant aucune autre personne avec qui deviser, nous avons été assez proches l'un de l'autre. Combien de temps? Je ne sais pas trop. Il est difficile de dater le temps qui passe pour nous. Nous n'y prêtons pas d'attention, il n'a plus d'emprise sur nous. Notre peau est douce et délicate, mais elle ne ressent plus la douleur. Seules la douceur et les caresses passent à travers l'armure que la mort à tissé autour de nous. Nos blessures et nos stigmates, figés dans l'éternité, ne nous font pas souffrir, même s'ils paraissent douloureux. Parfois un violent mal de crane secoue ma tête entière, mais je n'ai jamais vu un autre d'entre nous souffrir de la sorte, à part Gangren, mais j'en reparlerai plus tard. Le froid et la chaleur ne nous atteignent pas non plus. Aussi pour nous les saisons ne sont-elles qu'une succession de changements de la foret et de l'habillage des gens autour de nous. Quand les feuilles commencent à tomber, nous savons que l'hiver approche et que nous pourrons nous divertir dans la neige sans crainte de croiser les malades de l'hôpital, que le froid force à rester à l'intérieur.
Bref, je dirais qu'à peu près trois hivers sont passés avant qu'un nouveau membre du groupe ne fasse sont apparition. Nechroz bizarrement, à continué à grandir un peu, alors que moi même n'ai pas changé depuis ma nouvelle vie. Peut être parce que je suis mort plus vieux que lui. A en juger ce que je peux voir, je dirais que j'avais aux alentours de 18 ans lorsque je suis décédé. Nechroz, lui, avait à peu près 12 ans. Aujourd'hui il semble en avoir une quinzaine.
Lorsqu'il est arrivé, il ressemblait à un petit animal sauvage. Toujours en alerte, semblant toujours chercher quelque chose, j'ai eu du mal a l"apprivoiser"... Néanmoins, une fois habitué à ma présence, il s'est révélé un compagnon agréable. Grâce à ses cachets, il était de caractère calme et simple, aimant se promener de temps à autre dans le parc. Le pauvre garçonnet n'a jamais connu le monde extérieur et à beaucoup souffert de part le passé, mais son sens de l'observation était tel qu'il savait énormément de choses. Nous avons passé de nombreuses heures à discuter, et chaque fois que je le pouvais, je lui ramenais de quoi le distraire. Parfois un livre oublié dans la salle d'attente, qu'il lisait lentement au rythme de sa lecture difficile, ou un pull où il aimait se glisser... Je crois que ce qu'il aimait le plus, c'était quand je lui ramenais des petits insectes des bois alentours. Je les mettais dans de petits bocaux volés dans les laboratoires de l'hôpital, et Nechroz les regardaient pendant des heures.
Parfois il piquait des crises phénoménales. Rien alors ne pouvait l'arrêter. Les hommes en blanc qui s'occupent de nous surgissaient alors de je ne sais où et l'enfermaient dans sa cellule privée, où je pouvais le voir jeter tout ce qu'il trouvait sous la main contre les murs capitonnés. Une fois calmé, il récupérait les morceaux éparses des petits insectes d'un air attristé, avant de les glisser entre les barreaux de la fenêtre surplombant sont lit. Il se roulait en boule dans un des coins rembourrés et s'endormait, pour se réveiller, calme et sereins, peu de temps après. Il à toujours eu des crises. Souvent, il réclamait à corps et à cris celui qui n'était pas là, ce frère qui lui avait été enlevé. Même maintenant, après de nombreuses années, il lui arrive de perdre la tête.
Nechroz n'a jamais été "normal". Je crois que son cerveau n'a jamais pu faire de lui un enfant comme tous les autres, défectueux dès l'origine... Les médicaments calment ses fureurs mais ne peuvent pas soigner son esprit malade, juste le brider quelque temps.
Il n'était certes pas le compagnon le plus stable qu'il ai jamais été, mais je n'étais plus seul. J'avais quelqu'un à qui parler... et ça à changé ma nouvelle vie.

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